samedi 7 mai 2011

Nucléaire et Moyen-âge.

Cette semaine, le président de la République a visité la centrale nucléaire de Gravelines (la plus grande d’Europe). Lors de cette visite, se faisant héraut de l’industrie nucléaire, il a défendu l’industrie nucléaire française avec ardeur. Selon lui, la catastrophe de Fukushima-Daichi ne doit pas conduire à réduire la place du nucléaire mais au contraire à la relancer en construisant des centrales plus sures. Une approche qui semble trancher avec celle qu’il défendait lors du Grenelle de l’environnement, mais qui, en réalité, s’inscrit dans la continuité au niveau français.


C’est reparti pour un tour !
En point de mire de cette position, le renouvellement du parc nucléaire mondial. En effet, durant les dix prochaines années : près de 200 réacteurs au niveau mondial devront être démantelés et remplacés par de nouvelles centrales.

Réaffirmant son engagement pour la relance du nucléaire en France et la construction de nouvelles centrales nucléaires : « Je n'ai pas été élu pour le remettre en cause [le choix du nucléaire]. Il ne sera donc pas remis en cause. Nous allons continuer à investir dans le nucléaire. », le président de la République laisse entendre que l’avenir énergétique de la France passe uniquement par le nucléaire et marginalement par les énergies renouvelables.

Il l’a d’ailleurs déclaré sans détour lors de la séance de la conférence de presse commune donnée avec Silvio Berlusconi à l’issue du sommet franco-italien de Rome. « L’atome d’abord, du renouvelable puisqu’il en faut » pourrait d’ailleurs être sa maxime en la matière. Or, un tel choix, liera notre pays pour les décennies à venir, ce qui en pratique se heurte à plusieurs obstacles.


Nucléaire, l’impasse ?
Au-delà du simple clivage sur l’énergie nucléaire en elle-même, il convient de se demander si la relance du nucléaire est tout simplement viable. A écouter les ingénieurs français, formés dans le moule pro-nucléaire des grandes écoles ; pas de doute, le nucléaire a un bel avenir. Mieux ! Ce serait la seule solution pertinente, les autres énergies conduisant soit à aggraver l’effet de serre comme les énergies fossiles, soit ne représente que des « queues de cerise » ainsi que l’aime à les qualifier l’un d’entre eux, Jean-Marc Jancovici, proche de Nicolas Hulot lors de sa rédaction de son fameux « pacte écologique » de 2007.

Sauf que, sauf que…

Ces derniers semblent oublier que, depuis 1991, la consommation d’uranium (principal combustible des centrales nucléaires) est largement supérieure à la production de cette même substance. Il semble donc peu pertinent d’investir dans une source d’énergie dont le coût du combustible est amené à sensiblement augmenter. Ce à quoi les industriels et acteurs de la filière nucléaire répondent en chœur que le combustible ne représente qu’une partie du coût de l’énergie nucléaire par ailleurs bon marché.

Certes, c’est vrai. Le combustible, ou plutôt la hausse de son prix ne va pas déstabiliser la filière nucléaire. Il constitue néanmoins un enjeu essentiel comme le montre les tentatives chinoises de mettre un pied dans les mines d’uranium détenues par le français Areva.

Le coût essentiel du nucléaire se situe donc dans le prix des installations mais aussi dans le coût de traitement des déchets.
Pour les installations, un rapide calcul montre que le coût de construction d’une centrale nucléaire moderne de type EPR tourne autour de 4 milliards € à amortir sur 30 ans, voire très probablement 50 ans si l’entretien est correctement effectué. A ce coût fixe, il convient aussi d’ajouter celui des mesures de sécurité qui suit sur une pente exponentielle suite aux évènements japonais.
Le démantèlement de la centrale est en principe provisionné, mais en pratique largement sous-estimé. Pire, il varie fortement selon les pays.
Enfin, le coût des déchets est, lui aussi, normalement déjà intégré. Néanmoins, il serait naïf de croire qu’il n’y aura aucun coût additionnel comme le montre les quelques centres de stockage déjà réalisés.

Mais, de cela, il n’est pas question de discuter. « Il ne sera donc pas remis en cause. [le choix du nucléaire] » a précisé le président de la République.


Motus et bouche-cousue.
Or, dans ce contexte, c'est précisément l’absence de débat parlementaire, et plus largement de débat public sur l’énergie dans notre pays, l’absence de consultation des populations pour la construction de nouvelles centrales nucléaires qui posent problème. Le problème de la légitimité démocratique, mais aussi de la pertinence du choix du « tout nucléaire », de sa sûreté et de la place des énergies renouvelables au sein de notre mix énergétique.

La place accordée au cumul des risques, quasi nulle, pour la construction des plus anciennes centrales celles équipées de réacteurs 700 MW ou de 900 MW doit être débattue. On rappellera à ce titre, que le réacteur n°1 de la centrale de Fukushima avait vu son exploitation prolongée de 10 ans, un mois avant la catastrophe frappant la centrale de Fukushima-Daichi. Les conditions de sécurité avaient alors été jugées satisfaisantes.

Reste que la catastrophe de Fukushima-Daichi et ses conséquences tant en matière de contamination de l’environnement que de sécurité doivent être l’occasion d’une remise à plat de l’approche en matière de sûreté nucléaire. Cette dernière se doit donc d’adopter une approche incluant ce cumul des risques qui, désormais, ne constitue plus une simple hypothèse mais bien un risque réel et quantifiable.


« Prudence est mère de toutes les sûretés. »
Aussi, dans ce contexte, un moratoire sur la construction de nouvelles centrales nucléaires ne relève pas de « peurs moyen-âgeuses » selon l’expression employée par le président de la République mais d’une nécessaire et juste approche de prudence.

L’adoption d’un tel moratoire permettrait de prendre en compte l’ampleur des conséquences de la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daichi par la réalisation d’un audit européen de toutes les centrales nucléaires existantes et un réajustement de la sûreté des centrales nucléaires dont la construction est projetée. En effet, même la si sûre centrale EPR doit voir sa sécurité réévaluée à l’aune des conclusions que l’on tirera de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima-Daichi.


Une solution : changer.
En conséquence, le choix d’énergies non émettrices de GES (gaz à effets de serre) doit être une priorité dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Le nucléaire est une de ces énergies, mais l’on voit bien que ce choix a ses limites. En effet, il ne peut être une option majoritaire dans les choix que nous devons faire maintenant pour notre bouquet énergétique de demain.

Nous devons nous s’orienter en priorité vers des politiques d’économies d’énergie, d’augmentation de l’efficacité énergétique pour diminuer notre consommation d’énergie ce qui nous permettra de décrocher de notre dépendance aux énergies fossiles. Mais, dans le même temps, nous devons nous atteler au développement de filières nationales dans les énergies renouvelables fortement créatrices d’emploi pour notre pays afin de décrocher de notre dépendance à une énergie certes non émettrices de GES, mais qui n’en restent pas moins nocive.

Le choix qui est le nôtre est donc le suivant : investir dans des sécurités additionnelles donc marginales au sens économique ou changer de logiciel en passant aux énergies renouvelables. La balance entre les deux est autant un choix de société qu’un choix économique dans lequel les citoyens doivent avoir leur mot à dire, mais qui est loin d’être le cas actuellement.

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