vendredi 25 novembre 2011

Le poids du MOX, le choc du veto.


 
Invité de Parole directe sur TF1, François Bayrou a réaffirmé qu’il serait candidat. Annoncée du bout des lèvres dans les matinales radiophoniques dernièrement, cette annonce était prévisible dans la mesure où l’émission « Parole directe » se tient à la plus forte heure d’écoute en matière télévisuelle, à savoir le jeudi soir en première partie de soirée. Une émission marquée de deux manières et d’une critique majeure.


Une intervention « gaulliste ».
Annonçant clairement et calmement ses divers engagements, François Bayrou a présenté les grandes lignes de la feuille de route qu’il compte présenter aux français. Une feuille de route limpide axée sur la restauration de l’État, des services publics et le redressement des finances de l’État. Rappelant les efforts que les français seront amenés à faire pour que la France retrouve son rang, l’actuel député des Pyrénées-Atlantiques a insisté sur un point : une juste répartition des efforts. Après des années de cadeaux fiscaux coûteux et inefficaces auprès de clientèles électorales, la France ne peut se permettre d’une répartition de l’impôt inéquitable au risque d’une explosion sociale. Tel était en somme, le message de François Bayrou. Un message clair et responsable avec  par moments, des accents gaulliens.


Atomic circus.
Depuis une semaine, c’est LA question qui fâche. Quelle place accorder au nucléaire en France ?
Soulevée par l’épisode surréaliste de l’accord entre le Parti socialiste et les Verts, celle-ci est devenue un enjeu de campagne majeur autant parce que les Verts ont décidé d’en faire un casus belli avec Solférino que des conséquences de la catastrophe de Fukushima en matière de sûreté nucléaire. A cela, il convient de rappeler que la France se trouve actuellement à la croisée des chemins énergétiques et doit décider du renouvellement ou non de son parc nucléaire. Sur la question, François Bayrou a joué la prudence en proposant un débat public qui permettra aux français de trancher. S’il ne faut pas ignorer qu’il s’agit là d’une réelle avancée, la question énergétique ayant été confisqué par la technocratie française élevée à l’atome depuis sa plus tendre enfance, on ne pourra s’empêcher d’être déçu par un manque d’engagement sur la question. A ce « Je vous ai compris », l’annonce de quelques mesures fortes en faveur des énergies renouvelables ou des économies d’énergie auraient eu un impact d’envergure pour les entreprises du secteur, très nombreuses à retenir leurs investissements du fait d’un contexte législatif instable.


Le  veto de la liberté. 
Mais de cette intervention, beaucoup ont retenu tout autre chose. Ainsi, la surprise fut grande lorsque les téléspectateurs apprirent que dans l’accord signé entre le Parti socialiste et les Verts pour 2012, qu’il contenait un point sensible : la renonciation au droit de veto à l’ONU. La bombe était lâchée, François Hollande envisage de renoncer à un des éléments qui fait encore de la France, une puissance qui compte, le droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU.

François Hollande aurait donc bradé l’honneur de la France dans un sombre accord de couloir ? Ou alors, y a-t-il eu emballement médiatique ?

Seul l’avenir le dira. Mais dans pareil cas, il convient de s’en référer au texte d’origine pour éviter les erreurs et les déformations. Et qu’est-il écrit dans l’accord PS-Verts ? Que la France renoncerait à son droit de veto unilatéralement ? Pas vraiment !

En réalité, il est écrit ceci : « La France fera des propositions précises pour réformer et démocratiser l’ONU afin qu’elle structure un ordre juridique et normatif global : siège européen, droit de veto, meilleure représentativité des pays du Sud au sein du Conseil de sécurité, renforcement du rôle des ONG. ».


Traduction pour le non-initié, il ne s’agit là que d’une proposition qui n’engage à rien. Proposition qui, dans l’hypothèse où elle serait favorablement reçue (ce qui reste à démontrer), serait le corollaire d’un siège européen complémentaire aux 27 sièges des pays membres de l’Union européenne. Autre aspect important, le droit de veto ne serait pas supprimé que pour la France mais pour tous les membres permanents du Conseil de sécurité ce qui inclut la Chine, les Etats-Unis, la Russie et le Royaume-Uni. L’idée est de rééquilibrer la gouvernance mondiale et de tenir compte du poids croissant des pays émergents que sont le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde et d’autres.

Il s’agit aussi de faire sauter les obstacles existants à une intervention de l’ONU en Syrie, ou de permettre d’accepter la Palestine comme État-membre de l’ONU en se basant sur le seul principe de l’accord de la majorité des membres. Certes, la France y perdrait un peu en pouvoir mais ce serait le cas aussi des autres membres permanents. Une perte qui serait compensé par un poids accrue de l’Union européenne. On est loin du désastre, du cataclysme annoncé par quelques-uns.

Cette proposition n’est d’ailleurs pas une révolution puisque les pays émergents l’ont posé sur la table depuis quelques années. Une idée rejetée par les membres permanents qui se refuse à abandonner leur statut privilégié.

« La France braderait-elle son rayonnement » ? Pas si sur ? En étant pionnière d’un rééquilibrage mondial, elle pourrait aussi y gagner en prestige.


Que retenir.
François Bayrou est de nouveau d’attaque. L’expérience de deux campagnes présidentielles, la compréhension des enjeux majeurs sur les finances publiques et l’importance d’une juste répartition des efforts laissent à penser qu’il sera une nouvelle fois, en mesure de bousculer les prévisions.

2 commentaires:

David Guillerm a dit…

François Bayrou a tout de même signalé (et il vient de le redire aujourd'hui lors de la présentation de son agende 2020), que l'énergie nucléaire devait être une énergie de transition vers des énergies sécurisées et durables.

Lucie Rose Passard. a dit…

merci pour ton blog, je prend beaucoup de plaisir à venir le lire :)