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mercredi 27 avril 2011

Pauvre Hongrie !

Dernièrement, le lundi 18 Avril 2011 pour être précis, le Parlement hongrois a voté l'adoption d'une nouvelle constitution. Cette constitution, surnommée « constitution Orban », puisque rédigée selon les prescriptions de l'actuel Premier ministre hongrois. Selon ce dernier, l'adoption d'un nouveau texte fondamental était devenu nécessaire puisque la précédente constitution datait de l'ère communiste. En effet, sauf que derrière cet apparent progrès, la nouvelle constitution hongroise constitue en réalité un formidable recul pour la Hongrie et ses habitants.


Contexte.
Mais Viktor Orban n'en est pas à son coup d'essai. Déjà en février dernier, il avait fait adopté un texte très restrictif sur la liberté de la presse rendant, de facto, cette liberté bien étroite et la censure bien présente. L'adoption de ce texte et même sa simple présentation devant la chambre basse hongroise avait soulevé une vive émotion en Europe et dans le monde. Et ce, d'autant plus que la Hongrie exerçait la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne. La Commission européenne, en tant que gardienne des traités, avait certes mis du temps à réagir mais avait rappelé à la Hongrie qu'en tant que membre de l'Union Européenne, le pays se devait de se conformer à la Charte des droits fondamentaux annexée au traité de Lisbonne et à laquelle ce traité conférait force obligatoire. Le gouvernement hongrois avait finalement dû reculer et adopter de nouvelles dispositions pour se mettre en conformité avec le droit communautaire. Au besoin, la Cour européenne des droits de l'homme s'en serait mêlé puisque la jurisprudence de la Cour est sur ce point très stricte. La France en faisant d'ailleurs régulièrement les frais.

Nouvel épisode donc avec l'adoption de cette constitution qui constitue un recul énorme pour le pays. Mais comment un tel texte a-t-il pu passer comme une lettre à la Poste ?
La réponse est à chercher dans le tsunami électoral qui a submergé la Hongrie en 2010. A l'époque, le gouvernement social-démocrate, empêtré dans la crise avait subi un de ses plus cuisantes défaites électorales laissant la place aux conservateurs qui ont alors raflé plus des deux-tiers des sièges au Parlement. Si cette vague conservatrice a pu se matérialiser, c'est parce que, confronté à la plus grave crise économique de son histoire, la Hongrie était seule. Seule avec sa monnaie, le forin, qui a dévissé par rapport à l'€uro renchérissant immédiatement toutes les importations hongroises. Par effet domino, l'impact sur l'économie fut énorme. La Hongrie donc confrontée au son faible budget communautaire et à l'absence de solidarité des autres États-membres sombrait.

Les hongrois avait le choix entre un plan de rigueur drastique et les belles promesses venant des conservateurs leur promettant des jours moins sombres sur fond de renouveau nationaliste. Le résultat dans les urnes ne traduisit pas par une demi-mesure. L'Europe peut donc aussi s'en prendre à elle-même si elle trouve la Hongrie dans cet état.



Marche arrière toute !
Mais le plus problématique dans ce nouvelle mouture du texte fondamental hongrois est le recul des libertés fondamentales, à côté duquel les nombreuses références aux racines chrétiennes du pays ou à la grande nation hongroise pourraient paraître anecdotiques.


Une Cour raccourcie.
Premier morceau : la réduction des pouvoirs de la Cour constitutionnelle. Le premier ministre Orban a décidé de réduire son périmètre ou plutôt l'étendue des matières relevant de son autorité notamment dans les domaines économiques et sociaux. Traduction : le Premier ministre quand bien même violerait-il sa propre constitution que la Cour constitutionnelle ne pourrait le condamner puisqu'elle ne pourrait examiner les textes en question et décider ou non de les censurer. Or, ce pouvoir de censure de l'instance juridique la plus importante du pays est comme une épée de Damoclès dont l'ombre pèse sur les textes de lois. L'oublier, c'est mener le projet de loi à la ruine. Viktor Orban a donc décidé de réduire voire tout simplement de supprimer cette sécurité dans des matières éminemment sensibles que sont les matières économiques et sociales.

Pour bien mesurer l'importance de ce recul, il convient de rappeler que dans des cas similaires, des « Cour constitutionnelle » ont empêché à plusieurs reprises des dirigeants de faire ce qu'ils souhaitaient en matière législative. Ainsi, Silvio Berlusconi a vu l'immunité judiciaire qu'il avait fait voté pour se protéger annulé par la Cour constitutionnelle d'Italie. En France, on ne compte plus les textes impitoyablement censurés par les sages du Palais Royal sous « l'ère Sarkozy ». Le dernier en date en la fameuse LOPPSI II dont la quasi-totalité des dispositions phares ont été expurgés du texte adopté.


La fin de l'indépendance de la justice ?
Parallèlement aux modifications touchant la Cour constitutionnelle, Viktor Orban n'a pas oublié la justice, seule institution indépendante qui se voit mise en coupe réglée. Il est vrai que les juges ont la sale manie en Europe de vouloir faire leur travail qui consiste aussi à poursuivre les hommes politiques lorsqu'il advient que ceux-ci violent la loi.

Là encore, le Premier ministre hongrois semble s'inspirer du triste exemple de Silvio Berlusconi dont l'activité principale en tant que président du Conseil italien consiste à faire voter tous les textes possibles et imaginables pour éviter des poursuites en justice pour ses activités plus ou moins claires en tant qu'homme d'affaires. Peu lui importe qu'au passage, de nombreux criminels passent eux-aussi entre les mailles du filet.


La suppression des instances de contrôle.
Dans la lignée des précédents points, la nouvelle contitution supprime tous les médiateurs ou instances de contrôle qui existaient. Ainsi, plus de les médiateurs pour les minorités ethniques (l'équivalent de la HALDE), ni de médiateurs pour la protection des données personnelles (l'équivalent de la CNIL) et pour la protection des générations futures (l'équivalent du défenseur des droits et défenseur des enfants en France).

Non seulement nocive de façon directe pour les populations, la suppression de ces instances sera nocive à long terme en accroissant les frictions dans une société hongroise dans une société hongroise déjà tiraillée entre divers aspects. Ajoutons que cela traduit aussi un recul important en matière de droits des personnes à l'heure où la protection des données personnelles est un enjeu crucial.


Partir pour mieux rester.
A ces reculs en matière de libertés fondamentales, s'ajoutent un affaiblissement général de la démocratie hongroise. Viktor Orban sachant pertinemment que sa position ultra-majoritaire à la tête de la Hongrie ne durera pas éternellement a jalonné le nouveau fondamental de dispositions visant à lui permettre de garder un pouvoir non négligeable lorsqu'il sera dans l'opposition.

Nomination des dirigeants publics.
Nicolas Sarkozy avait modifié le mode de nomination des dirigeants de l'audiovisuel public officiellement pour mettre fin à l'hypocrisie que constituait leur mode de nomination. Officieusement, l'objectif à peine voilé était de reprendre la main sur un audiovisuel public jugé trop indépendant et impertinent.

Viktor Orban, lui, est allé beaucoup plus loin en modifiant la durée de mandat de toutes les dirigeants d'institutions étatiques. Ainsi, les mandats de ces postes passent de 9 à 12 ans. Mieux, durant ces périodes, les personnes qu'il vient ou aura nommé seront quasiment irrévocables par les gouvernements ultérieurs ce qui empêche tout changement ou réforme qui ambitionnerait de rétablir les équilibres antérieurs acquis suite à la fin du régime communiste.


Un Conseil monétaire au pouvoir démentiel.
Mais ce n'est pas fini ! En effet, quand bien même l'opposition succéderait au gouvernement conservateur de Viktor Orban arriverait à surmonter un à un tous les obstacles dressés par Viktor Orban dans la constitution, que ce dernier a octroyé un pouvoir surréaliste au Comité monétaire de la Banque centrale de Hongrie : le pouvoir de dissoudre du Parlement.

Pouvoir exceptionnel, qui n'est qu'en principe rarement utilisé ou utilisé que dans certains cas biens définis, le pouvoir de dissolution est d'ordinaire strictement réservé au chef de l'État. Ce n'est pas le cas ici, où ce pouvoir dépend d'un petit comité dont les membres, tous nommés pour des durées importantes (9 à 12 ans) par Viktor Orban sont des proches qui auront à cœur de défendre les intérêts des conservateurs.

Certes, ce pouvoir est limité aux cas où le budget ne serait pas conforme aux dispositions de la nouvelle constitution. Mais, d'une part, ces dispositions sont nombreuses, et d'autre part, confier un tel pouvoir à un comité nommé par le pouvoir exécutif revient à porter un coup considérable à la démocratie.


La fiscalité et les retraites irréformables ?
Pour couronner le tout, une nouvelle disposition rend obligatoire l'obtention d'une majorité parlementaire des deux-tiers pour valider toute réforme en matière fiscale et monétaire. Or, la réunion d'une telle majorité est, en temps normal, très difficile à obtenir voire presque impossible. En pratique, cela revient à exiger que la politique fiscale face l'objet d'un consensus national. Mais, s'il existe bien un domaine où le consensus est plus que difficile à obtenir, c'est bien la fiscalité.

De même que pour la question des retraites qui soulèvent les foules dès lors qu'un gouvernement tente de les réformer, et cela quelque soit le pays en question.


Conclusion.
La nouvelle constitution hongroise, ou plutôt son adoption, est un drame pour la Hongrie bien sur mais aussi pour l'Union Européenne. Cette dernière a pour but d'être plus qu'un espace économique favorable au développement, l'UE porte un projet de société et de diffusion des libertés publiques. Or, ce sont précisément ces valeurs que remet en cause la nouvelle constitution hongroise. Et là, pas question d'invoquer un quelconque texte européen pour imposer un retour en arrière puisqu'en droit, la constitution a la plupart du temps la valeur juridique la plus élevée, devant les traités et textes internationaux. Or, l'Union européenne et le droit communautaire relève de ce dernier niveau. Il sera donc particulièrement compliqué d'imposer un changement du texte.

mardi 12 avril 2011

Inflation, tous aux abris !

Jeudi dernier, la Banque centrale européenne a réussi à faire passer presque inaperçue, une décision qui ne l’est pas vraiment. Les marchés si fébriles depuis le séisme au Japon ont à peine réagi à l’annonce de la BCE suite à la réunion du Conseil des gouverneurs, son instance dirigeante. Certes, la nouvelle ne doit pas non plus être surestimée, mais tout de même ! Il convient d’y attacher quelque importance.

Cette nouvelle, c’est l’annonce du relèvement par la BCE de ses taux directeurs de 1% à 1,25%. Oui, oui, une hausse de 0,25%. Une hausse faible dans le contexte actuel, où l’on peut emprunter à des taux très bas voire négatifs si on tient de compte de l’inflation. L’inflation justement, c’est l’argument invoqué par la BCE pour augmenter ses taux.

Pour bien comprendre l’importance de cette décision, il convient de voir le pourquoi, les différents intérêts en présence, l’impact sur l’économie et enfin les conséquences de cette décision de manière générale.


Pourquoi augmenter les taux ?
La réponse est évidente : la BCE augmente ses taux car c’est sa mission. D’après ses statuts, la Banque centrale européenne a pour principale mission de maintenir la stabilité des prix. Autrement dit, combattre l’inflation qui se définit comme l’augmentation des prix.

Contrairement à la Federal Reserve (banque centrale des États-Unis) qui a, elle, aussi pour mission de maintenir l’emploi au maximum et donc de soutenir aussi la croissance. La Fed intervient donc plus largement que la BCE. Ce n’est pas forcément un mal comme on l’a vu dans la crise des « subprimes » puisque c’est justement la politique accommodante de la Fed qui est un des éléments ayant conduit à cette crise.

La BCE augmente donc ses taux pour limiter l’inflation. Une inflation dont le plafond n’ayant pas été fixée par les décisionnaires européens, mais qui doit tout de même être contenue. La BCE s’est donc fixé arbitrairement un plafond d’inflation à 2%. L’inflation actuelle dans la zone €uro tournant autour de 2,4%-2,6%, la BCE a donc relevé ses taux logiquement. Afin de ne pas effrayer les marchés, elle a largement préparé le terrain en amont. Les marchés prévenus n’ont donc pas été surpris et ont eu le temps d’intégrer cette décision.

Cependant, cette décision du Conseil des gouverneurs est remise en cause par une partie de la doctrine économique ainsi que par plusieurs pays membres de la zone.


Une augmentation discutée.
Si la décision de la BCE ne souffre d’aucune remise en cause formelle, sur le fond, c’est une toute autre affaire. En effet, nombreux sont les économistes à remettre en cause la décision du Conseil des gouverneurs. Pourquoi ?

D’abord, lorsque l’on regarde la structure de l’inflation. Pour l’essentiel, cette dernière est due à l’augmentation des prix de l’énergie notamment du pétrole et du gaz qui ont de nouveau atteint des sommets. Le prix du baril de brent de la mer du Nord, côté à Londres a ainsi dépassé les 120 $ le baril, rappelant les sommets de la fin de l’été 2008. Si on regarde les autres secteurs, on ne peut que constater que la hausse des prix est plus que contenue voire quasi-nulle.

Deuxième élément du débat, en haussant ses taux, la BCE est accusée, à juste titre, de favoriser les pays les plus « riches » de la zone, à savoir l’Allemagne et les Pays-Bas, et, plus largement, ce que l’on pourrait définir comme l’ex-zone Deutsche Mark ; tandis que, dans le même temps, une bonne partie des pays de la zone €uro traversant une situation économique mais surtout budgétaire difficile critiquent cette décision. Il faut dire qu’indirectement cela va avoir pour eux des répercussions non négligeables en tendant un peu plus une situation qui l’est déjà.

La zone €uro se divise donc entre un centre à la situation économique qui s’améliore (l’Allemagne approche les 6,5% de taux de chômage et une croissance à 3% pour 2011), une périphérie qui s’enlise dans la dette publique et une rigueur qui risque de tuer son économie (les fameux « PIGS » + Italie) ainsi que des pays entre deux eaux comme la France (économie atone et inflation contenue). Il y a donc de réelles divergences qui ne sont pas compensées par un réel budget communautaire.


Les conséquences.
Très directement, cette hausse du loyer de l’argent va avoir des conséquences directes sur l’économie et la finance.

Sur l’économie, d’abord, toute hausse des taux d’intérêt de la BCE augmente le coût de l’argent pour les banques commerciales dites « de 2nd rang ». Il faut donc s’attendre à une augmentation de tous les prêts qu’elles commercialisent. Pour le moment, les banques n’ont pas vraiment à se plaindre puisqu’elles prêtent déjà très largement au-dessus des 1,25% et se font une marge appréciable sur les prêts qu’elles consentent.
Pour les particuliers, la hausse sera raisonnable.
Pour les entreprises, cela va être plus compliquée puisque les banques qui leur prêtent déjà peu vont leur répercuter la hausse de la BCE.

Sur le plan financier, les emprunts sur les marchés vont eux-aussi très probablement augmenter. Emprunter deviendra donc plus cher pour les États, ce qui va fragiliser un peu plus la situation des États-membres de la zone.

La hausse peut aussi être discutée. D’abord, et comme mentionné plus parce que l’inflation est presque uniquement due à la hausse des prix de l’énergie et non au reste de l’économie. Or, nous sommes entrés depuis 2007-2008 dans une période où l’énergie sera durablement chère, phénomène renforcé par les catastrophes nucléaires au Japon et leurs conséquences sur les marchés des énergies fossiles.

Ensuite, parce que l’approche monétariste qui constitue la doxa des banquiers centraux occidentaux a été largement remise en cause par la crise que nous traversons. D’autres approches montrent que l’inflation n’est pas forcément négative. Au contraire, un peu d’inflation aurait un effet positif sur l’économie permettant une meilleure rémunération du travail et donc une relance de l’économie.


Conclusion.
La hausse des taux directeurs décidée par la BCE est pour essentiellement une décision politique. Bien qu’ils s’en défendent, les gouverneurs de la zone €uro ont cédés aux pressions germaniques demandant un durcissement de la politique monétaire. Ce durcissement vise autant à avoir une politique adaptée à la situation économique allemande qu’à pousser les pays financièrement « voyous » de la zone €uro à faire le ménage chez eux. Le problème est que ces pays ont déjà mis en œuvre plusieurs plans de rigueurs qui se sont traduits par une réduction des politiques sanitaires et sociales. Or, en s’attaquant ainsi ce que l’on appelle les « stabilisateurs économiques », les pays en difficulté qui n’ont pas d’autres choix s’ils veulent se refinancer risquent de tuer leurs économies respectives et d’empêcher in fine toute reprise forte et rapide qui permettrait d’éponger leurs déficits.

Il faut donc que les pays en meilleure santé de la zone €uro se souviennent qu’ils ne sont pas seuls et que la politique monétaire de la zone €uro doit être bénéfique pour l’ensemble de la zone et non à son seul cœur économique. Si l’Allemagne a son rôle, il sera toutefois trop facile de la pointer comme seule responsable. Face à la même situation, ceux-ci ont su faire les efforts nécessaires pour assainir leurs finances et relancer leur économie ce qui n’a pas été le cas des fameux « PIGS », de l’Italie, de la Belgique mais aussi de la France. Bien que les responsabilités soient partagées, les États-membres avancent lentement vers ce qui serait une des solutions à leurs différents problèmes, à savoir un budget européen conséquent capable de compenser les déséquilibres à l’intérieur de la zone.

Il ne faut pas oublier en effet que l’économie avance sur deux jambes : la politique monétaire et la politique budgétaire. Oubliez l’une des deux et l’ensemble (l’économie donc) s’effondre au pire ou dysfonctionne au mieux.

jeudi 20 mai 2010

Europe. Vers un fédéralisme budgétaire ?


Les pays membres de l’€uro s’acheminent-ils vers un fédéralisme budgétaire ? La question, ancienne, est brutalement revenue sur le devant de la scène politique européenne. Il faut dire que les atermoiements dans le règlement du problème de la dette grecque et leurs conséquences en ont fait réfléchir plus d’un. Après le « chacun pour soi », c’est le « sauve-qui-peut » qui a semblé l’emporter. Mais le problème est la solution ne peut être unilatérale comme les allemands et tous les pays membres de la zone €uro sont en train de s’en rendre compte.

Les fondamentaux de l’économie se sont donc rappelés aux bons souvenirs de la mémoire de nos dirigeants politiques de manière brutale mais peut être salutaire.


Une économie, c’est quoi ?
L’économie d’un pays, on aurait tendance à l’oublier sont des gens qui travaillent, des entreprises et un État qui intervient plus ou moins pour soutenir, réguler les relations entre les différents acteurs et faire qu’au final le tout fonctionne.

Pour agir dans le domaine économique, un État souverain classique dispose de deux principaux leviers : un levier budgétaire et un levier monétaire. Le budget de l’État via la fiscalité peut agir de différentes manières : soutenir l’activité quand elle faiblit via la commande publique ou en aidant les entreprises, embaucher des fonctionnaires pour offrir plus ou moins de services ou encore baisser les impôts, aider la population par des allocations…

Mais face à ce levier classique, il y en a un autre plus méconnu bien que tout aussi important : la monnaie. Un État, quelque soit son régime de change, peut décider de faire perdre de la valeur à sa monnaie en la dévaluant ou au contraire avoir une politique stricte pour garder une monnaie forte. Dans le 1er cas, il favorise les exportations ce qui permet de faire rentrer des devises étrangères dans le pays. Dans le 2e, il assure un cadre d’activité stable aux acteurs économiques la détenant et il réduit le coup des importations. Chaque situation a bien sur ses avantages et ses inconvénients, mais l’avantage d’avoir une monnaie forte est une plus grande crédibilité dans le domaine commercial car la monnaie que l’on possède a une valeur pour celui avec qui on échange. Celui-ci est certain que la valeur sera toujours plus ou moins la même ce qui rassure.
Quand un État est suffisamment habile, il utilisera les deux leviers de façon coordonné pour agir sur l’économie : créer les conditions de la reprise quand elle en récession, la freiner pour éviter qu’elle ne s’emballe quand elle croit.


Situation dans la zone €uro.
Mais en Europe, ou plus précisément au sein de la zone €uro, la situation est différente. Les États disposent du levier budgétaire mais pas du levier monétaire puisque les pays membres de la zone ont décidé d’avoir une monnaie commune. Pour passer à la monnaie unique, il a fallu une certaine convergence économique et budgétaire. Mais pour que la zone soit viable, il faut à long terme que les différents acteurs de la zone respectent des règles strictes.

Les États ne peuvent donc agir sur l’économie qu’avec leur budget, la monnaie étant à la charge d’une banque centrale indépendante : la BCE. L’économie ne peut fonctionner avec un seul des deux leviers, il faut que ceux-ci s’équilibrent pour partager les efforts. Or, dans la zone, s’il n’y qu’un levier monétaire, il y a 16 budgets. Budgets qui ne tirent pas tous dans le même sens mais n’agissent que dans l’intérêt national.

Certes, il y a un budget communautaire mais celui-ci ne représente environ 1% du PIB de la zone. A titre de comparaison, le budget fédéral américain représente environ 30% du PIB local. Autrement dit, comme un il n’y a pas de réel budget commun, les pays doivent coopérer étroitement. Le PSC, pacte de stabilité et de croissance, avait justement pour but de créer cette coopération budgétaire. Mais rapidement, les deux principaux membres de la zone ont largement outrepassé les règles fixées : ces pays sont la France et l’Allemagne. D’où un assouplissement provisoire obtenu par ces pays pesant plus de la moitié de la zone et un affaiblissement supplémentaire de la déjà maigre coopération monétaire. Mais pas question pour les États d’accepter une intégration plus poussée en matière budgétaire qui occasionnerait une perte substantielle de souveraineté dans un des rares domaines dont ils ont encore l’entière maitrise ou presque.

La crise financière, puis économique et enfin le tout récent épisode grec ont montré que la situation n’était plus tenable. Le président des Etats-Unis, Barack Obama, étant obligé de sermonner directement les dirigeants pour qu’ils agissent afin d’éviter la contagion éventuelle à l’économie américaine. D’où l’idée de la Commission européenne de soumettre les budgets en préparation de chacun des États membres à la Commission et aux autres États membres de la zone avant leur adoption devant les Parlements nationaux.


L’Union économique, enfin ?
Devenu au fil du temps, une Union monétaire plus qu’une Union économique et monétaire, la zone €uro s’est fragilisée d’elle-même, les États-membres de la zone étant incapables de s’entendre sur une politique commune ou au moins quelques orientations communes en matière budgétaire.

La Commission si longtemps amorphe et inactive, commence à donner signe de vie au milieu des décombres de l’économie grecque et alors que la zone était sous menace d’un arrêté de péril imminent. José Manuel Barroso mettait enfin les pieds dans le plat, le mercredi 12 mai 2010 : « Les Etats membres doivent avoir le courage de dire s’ils veulent une union économique et monétaire ou pas. S’ils ne veulent pas d’une union économique, alors il faut oublier l’union monétaire. »

On en revient donc à la base : pour une union monétaire solide et pérenne, il faut une coordination budgétaire renforcée et réelle. Jean Quatremer rappelle d’ailleurs dans un article sur le sujet que déjà, la question avait été abordée avant même la signature du traité de Maastricht. La France ayant même suggéré en collaboration avec Jacques Delors que le Conseil des ministres puisse retoquer d’autorité un budget national ne respectant pas « les grandes orientations de la politique économique [commune] ». Remarque de Jean Quatremer : « Berlin s’étrangle, estimant que Paris s’assoit un peu vite sur les Parlements nationaux. Le pacte de stabilité et de croissance doit, dans son idée, suffire à contraindre les Etats à respecter la stabilitätkultur à l’allemande ».

C’est pourtant oublier la tendance bien méditerranéenne à contourner l’État et à s’arranger avec la loi. En pratique, le pacte de stabilité a rapidement explosé et quelques États n’en ont pas fait grand cas. Citons au hasard : la France et l’Italie, deux des principaux membres de la zone.


Furieux, nos voisins d’outre-Rhin qui eux, ont tout fait pour se conformer au pacte en s’imposant un bonne cure d’économies, ont donc laissé la Grèce s’enliser mais face à la situation ont été contraint de réagir.

Mais en contrepartie, du gigantesque plan pour sauver la zone €uro. On parle ici de 750 milliards € soit l’équivalent de la richesse produite en un an par la Corée du Sud. Les États semblent enfin décider à agir. Ainsi, l’idée suggérée par la Commission de soumettre leurs budgets des pays membres de la zone pour avis avant leur adoption et dont nombre d’observateurs pensaient qu’elle allait directement passer à la poubelle a été accepté dans son principe par le Conseil des ministres des finances de l’Union en début de semaine.

Pour Barroso : «La politique économique d’un pays n’est pas seulement une affaire nationale, c’est une question d’intérêt commun », le président de la Commission prend enfin la mesure du problème en insistant sur la nécessité de réintroduire des sanctions qui ont quasiment disparu avec la réforme du Pacte de stabilité. Il insiste : « sans sanction, on ne sera pas crédible ».

Reste à trouver une sanction efficace qui fasse consensus. Et pour le moment ce n’est pas gagné. La commission propose des classiques avec la suspension du versement des fonds européens et des amendes, l’Allemagne préconise, elle, la suspension des droits de vote de l’État en question au Conseil.


Conclusion.
Au final, l’épisode grec a enfin fait prendre conscience aux États-membres de la zone €uro et plus généralement de l’Union européenne de l’impossibilité d’en rester au statu quo. Qu’on le veuille ou non, nous nous dirigeons vers un fédéralisme budgétaire donc à une perte de souveraineté en la matière. Le dernier bastion duquel l’Union était presque exclue cèdera, c’est certain. Et tous les États même les plus récalcitrants s’y mettront, la raison est simple : nous n’avons pas le choix. Entre une perte de souveraineté et la survie, le choix est vite fait. Mais pour en arriver là, il aura fallu plus de 20 ans et la plus grave crise économique et financière que l’on ait jamais connu. Le prix est élevé et il est temps que nos dirigeants renoue avec l’Europe des visionnaires des débuts. Il est temps d’avancer !