dimanche 7 août 2011

Le marasme de la dette.

Ils ont osé ! Après maintes menaces et tergiversations, les agences de notation financière ou plutôt une d’entre elles, Standard & Poor’s, a rétrogradé la note de la dette publique américaine du AAA, note la plus sûre attestant d’un risque nul, à AA+. Immédiatement, l’administration américaine a réagi en contestant vivement cette décision, la trouvant non justifiée, pour une bonne simple et raison : cela va mécaniquement renchérir le coût du recours aux marchés, donc de l'emprunt, pour l’oncle Sam. Toutefois, si on regarde un peu plus attentivement les choses, on s’aperçoit que la note des États-Unis d’Amérique aurait dû être dégradée depuis des années. En effet, la situation financière américaine est bien plus dégradée que celle de plusieurs pays européens pourtant notés plus sévèrement. Mais voilà, si dégrader l’Espagne ou l’Italie est relativement aisé et à conséquences limitées, tel n’est pas le cas d’une dégradation de la dette américaine. Dégrader la dette américaine, c’est dire clairement à la face du monde que non, la première économie du monde n’est plus si sûre et que l’on risque d’y perdre quelques noisettes.

En somme, il est aussi facile de réduire la dette américaine que de ralentir un paquebot lancé à pleine vitesse vers un iceberg.

Cette décision, attendue, fait réagir les quelques opérateurs encore présents dans les salles de marché durant la trêve estivale en même temps qu’elle donne de belles sueurs froides à nos dirigeants actuellement en vacances.

De ces récents évènements, on peut relever plusieurs aspects. Un impact des évènements en eux-mêmes mais aussi un impact des décisions prises sur le temps long.


Précédemment dans la crise financière mondiale.
La crise actuelle ne sort pas de nulle part. Elle est le fruit des excès de la période de croissance qui précède. Ainsi, des accès d’euphorie naissent des accès dramatiques purgeant le système et préparant le cycle suivant comme nous l’a enseigné ce bon docteur Juglar. Les causes de la crise des « subprimes » sont maintenant clairement identifiées. L’on connait donc les moyens d’éviter qu’elle se renouvèle. Mais a-t-on pour autant appliqué le remède adéquat ? Nullement !

Si les banques ont été sauvées, le système financier mondial remis d’un grave infarctus, le système économique dans son ensemble reste lui gravement malade. Malade de sa dette, malade de ses mauvaises habitudes prises depuis bien longtemps. Et les solutions apportées en urgence par les États pour éviter que le malade ne meure ne montreront leur efficacité que si le malade, en l’occurrence le système financier mondial change profondément ses habitudes. La situation actuelle n’est, on le voit, plus tenable. Les États, en sauvant le système, n’ont réalisé qu’un transfert de dette du privé vers le public et fait porter la charge de quelques-uns sur tous. Cette solution était indispensable pour éviter l’arrêt cardiaque. Mais en dehors de cela, quelles mesures ont été prises ?

En réalité, bien peu. Les normes comptables sont en passe de se durcir un peu mais pas beaucoup, les agences de notation ont redécouvert leur métier mais la finance mondiale est restée la même comme en témoigne les bonus faramineux que se sont versés les financiers à Londres ou à New York et que les populations commençaient à se mettre à l’austérité.

Les agences de notation donc, semblent avoir redécouvert que leur métier était d’évaluer le risque des investissements et des produits financiers. Ces agences, qui avaient noté AAA les fameux « subprimes » pour ensuite les classer en tant qu’investissements pourris la crise venue, ont décidé de faire preuve d’un zèle inhabituel envers leurs sauveurs, à savoir, les États. Et nombreux sont ceux, à en avoir fait les frais. L’Europe en premier, et les pays de la zone €uro en particulier, ont pu mesurer le coût de leurs années d’insouciance. Temporairement épargnés par les éléments maintenant braqués sur l’économie américaine, ces derniers n’en ont pas pour autant fini avec l’austérité. Les agences donc, après des années de complaisance avec ceux qu’elles étaient chargées d’évaluer, ne prennent plus de gants pour menacer les États. Mais cette intransigeance est toute aussi nocive que le laxisme passé.

En administrant des remèdes de plus en plus sévères aux États, le système financier mondial est en train de reporter aux calendes grecques (c’est le cas de le dire) sa guérison (et la leur) et donc le retour à une relative prospérité tout en déclenchant des mouvements d’ensemble considérables. Ainsi, on voit des pays comme la Grèce se vider de leur main d’œuvre qualifiée, les systèmes sociaux attaqués comme jamais alors même que ces derniers servent de « stabilisateurs » aux excès financiers préparant ainsi les conditions d’un retour plus rapide aux temps heureux et, plus inquiétant, et des mouvements sociaux d’ampleur. Bref, vous avez aimez la crise des « subprimes », vous allez adorer la crise de la dette publique.


Un monde à revoir de fond en combles.
Ces crises étaient non seulement prévisibles mais auraient pu et dû être évités. La crise de 1929 avait donné naissance à une règlementation stricte, parfois trop sur certains aspects, mais offrant un cadre normatif efficace à un épanouissement de long terme à l’économie. Son application a toutefois été lourdement remise en cause par les néolibéraux tels que Friedrich von Hayek et plus encore, par les monétaristes et un certain Milton Friedman. Au contexte contraignant, ces derniers déclaraient qu’il fallait déréguler à tout craint et que l’État ne devait se contenter que du minimum voit dans la mesure du possible disparaitre. La propagation de ce mode de pensée qui se traduisit avec l’arrivée au pouvoir concomitante de Tchatcher et Reagan a lancé un mouvement de dérégulation sans précédent. Toutes les barrières et limites érigées suite à la crise de 1929 ont été supprimées dans une joie commune indescriptible. Mieux, les hérauts de ce nouveau mode de pensée sont allés encore plus loin, en remettant en cause les missions traditionnellement dévolues aux États. On a donc vu les budgets sociaux et éducatifs diminuer avec pour conséquence l’explosion du nombre de sans-domicile et de pauvres en général tandis qu’une minorité accumulait l’essentiel de la richesse.

Ayant oublié les maximes les plus élémentaires, les différents défenseurs de ce « nouvel ordre mondial » devraient relire Henry Ford, chef d'entreprises qui avait une sainte horreur de ce tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à un socialiste mais n'en avait pas moins compris l'importance d'une équitable répartition des richesses, qui eu l’outrecuidance de proclamer que « La plus haute finalité de la richesse n'est pas de faire de l'argent, mais de faire que l'argent améliore la vie. »

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