Riposte graduée ? - La Quadrature du Net
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mardi 3 avril 2012

La constance et l'union.

A l'occasion de sa première grande réunion publique parisienne, François Bayrou avait voulu relancer une campagne jugée stagnante selon les médias. Dans un discours enthousiaste et mobilisateur, François Bayrou a surtout insisté sur deux points clés dont aura besoin la France pour les années à venir : de la constance et un rassemblement.


Constance et persévérance.
A l'heure où on l'on prévoit des records d'abstention pour le 1er tour des présidentielles, où la population semble désabusé par un nombre croissant de promesses non tenues et d'une communication non suivie d'effets tangibles sur le terrain, François Bayrou s'illustre par un discours constant pointant les vrais problèmes auxquels les français font face. Aux polémiques sur la viande halal et l'immigration, François Bayrou oppose la question du chômage, de l'emploi via la problématique du « produire français » thème qu'il a su imposer dans la campagne.

A « l'IVG de confort » dont parle le Front national, François Bayrou insiste sur la priorité de remettre en ordre un système de santé qui dépense trop là où il pourrait dépenser mieux en faisant plus notamment une réforme des urgences hospitalières. Les Français, simples citoyens comme journalistes, sont d'ailleurs unanimes : François Bayrou est le seul homme politique ayant un programme sérieux, basé sur des hypothèses économiques réalistes. Loin des promesses tapageuses des autres candidats faisant ressembler la campagne électorale à une vente aux enchères de la France, il convient de ne pas verser dans les fausses promesses.

La France ne peut se permettre de verser dans un nouveau cercle vicieux et de danser au bord du gouffre. Elle doit se retrousser les manches, faire face aux problèmes au risque de voir son avenir un plus obscurci.


L'impératif du rassemblement.
L'Europe est confrontée à l'un des plus sérieux défis qu'elle a connu depuis des années ce qui lui impose de se remettre en question. Et cela passe par la constitution de larges rassemblements afin de mener sereinement les réformes structurelles dont les pays européens ont besoin mais, qu'ils ont, pour la plupart repoussé depuis des années. En optant pour la discussion en lieu et place de l'affrontement, l'on pourra poser de nouvelles fondations et rattraper des années de laisser-aller. Les citoyens y sont prêt et l'on fait savoir dans les urnes dans quelques pays notamment en Allemagne, où la grande coalition est non seulement accepté mais aussi souhaité aussi bien au niveau fédéral qu'au niveau des Länder (Sarre notamment).

En Italie, un gouvernement composé de personnalités civiles reconnues pour leurs compétences a été mis en place afin de remettre le pays dans le droit chemin. En dépit des résistances internes dues à la suppression des nombreux privilèges clientélistes mis en place par les gouvernements successifs, Mario Monti et son équipe parviennent à Romano Prodi en avait été empêché. Les parlementaires italiens soutiennent son action, conscients que le pays est au bord du précipice. Et lors de la session plénière de Février 2012, les parlementaires européens ont félicité son action.

En France, les citoyens aussi souhaitent vivement un tel rassemblement mais, par un subtil paradoxe, ne semblent pas prêts à le concrétiser dans les urnes. En dépit des nécessaires efforts à faire dont ils sont conscients, les français semblent plus enclins à accorder leurs suffrages à des candidats multipliant les promesses irréalistes, les rêves et les illusions comme Jean-Luc Mélenchon, François Hollande ou Nicolas Sarkozy. A tel point que l'hebdomadaire britannique « The economist » titre dans sa dernière édition : « La France dans le déni ».

Face à ces promesses dont le coût donne le vertige (+ 9 milliards € de dépenses supplémentaires prévues, rien que cette semaine pour chacun des deux principaux candidats que sont Nicolas Sarkozy et François Hollande), tous s'accordent à dire que le seul candidat dont le projet soit marqué par la vérité est François Bayrou.


Dépasser les habitudes.
La Ve République fut construite avec l'objectif de rationaliser les excès d'un parlementarisme qui a rendu la France ingouvernable. La démocratie française consolidée, il importe maintenant d'en corriger les défaillances comme la bien faible participation d'un Parlement et plus particulièrement d'une Assemblée nationale trop souvent réduite à un rôle de chambre de godillots. Devenue une véritable imprimerie législative, l'Assemblée nationale a adopté plus de 240 lois en 5 ans soit une moyenne élevée de 48 textes par an sans compter les ordonnances ni les textes règlementaires d'application.

Pour juguler ce défaut, il importe de mieux faire la loi en rassemblant les grandes tendances politiques et d'élaborer des textes moins nombreux ayant fait l'objet d'un consensus. Un tel rassemblement ne peut se faire en reconduisant l'un des camps qui se succèdent au pouvoir depuis plus de 30 ans mais bien en faisant le choix de la vérité et de la lucidité. En des temps difficiles, il est tentant de se bercer d'illusions et de se dire qu'un changement pour l'autre grand parti serait une belle et bonne chose. En réalité, le choix n'est pas celui du changement mais uniquement de savoir si les français souhaitent s'en sortir ou pas. Et cela, seul le vote François Bayrou est à même de le leur apporter.

dimanche 7 août 2011

Le marasme de la dette.

Ils ont osé ! Après maintes menaces et tergiversations, les agences de notation financière ou plutôt une d’entre elles, Standard & Poor’s, a rétrogradé la note de la dette publique américaine du AAA, note la plus sûre attestant d’un risque nul, à AA+. Immédiatement, l’administration américaine a réagi en contestant vivement cette décision, la trouvant non justifiée, pour une bonne simple et raison : cela va mécaniquement renchérir le coût du recours aux marchés, donc de l'emprunt, pour l’oncle Sam. Toutefois, si on regarde un peu plus attentivement les choses, on s’aperçoit que la note des États-Unis d’Amérique aurait dû être dégradée depuis des années. En effet, la situation financière américaine est bien plus dégradée que celle de plusieurs pays européens pourtant notés plus sévèrement. Mais voilà, si dégrader l’Espagne ou l’Italie est relativement aisé et à conséquences limitées, tel n’est pas le cas d’une dégradation de la dette américaine. Dégrader la dette américaine, c’est dire clairement à la face du monde que non, la première économie du monde n’est plus si sûre et que l’on risque d’y perdre quelques noisettes.

En somme, il est aussi facile de réduire la dette américaine que de ralentir un paquebot lancé à pleine vitesse vers un iceberg.

Cette décision, attendue, fait réagir les quelques opérateurs encore présents dans les salles de marché durant la trêve estivale en même temps qu’elle donne de belles sueurs froides à nos dirigeants actuellement en vacances.

De ces récents évènements, on peut relever plusieurs aspects. Un impact des évènements en eux-mêmes mais aussi un impact des décisions prises sur le temps long.


Précédemment dans la crise financière mondiale.
La crise actuelle ne sort pas de nulle part. Elle est le fruit des excès de la période de croissance qui précède. Ainsi, des accès d’euphorie naissent des accès dramatiques purgeant le système et préparant le cycle suivant comme nous l’a enseigné ce bon docteur Juglar. Les causes de la crise des « subprimes » sont maintenant clairement identifiées. L’on connait donc les moyens d’éviter qu’elle se renouvèle. Mais a-t-on pour autant appliqué le remède adéquat ? Nullement !

Si les banques ont été sauvées, le système financier mondial remis d’un grave infarctus, le système économique dans son ensemble reste lui gravement malade. Malade de sa dette, malade de ses mauvaises habitudes prises depuis bien longtemps. Et les solutions apportées en urgence par les États pour éviter que le malade ne meure ne montreront leur efficacité que si le malade, en l’occurrence le système financier mondial change profondément ses habitudes. La situation actuelle n’est, on le voit, plus tenable. Les États, en sauvant le système, n’ont réalisé qu’un transfert de dette du privé vers le public et fait porter la charge de quelques-uns sur tous. Cette solution était indispensable pour éviter l’arrêt cardiaque. Mais en dehors de cela, quelles mesures ont été prises ?

En réalité, bien peu. Les normes comptables sont en passe de se durcir un peu mais pas beaucoup, les agences de notation ont redécouvert leur métier mais la finance mondiale est restée la même comme en témoigne les bonus faramineux que se sont versés les financiers à Londres ou à New York et que les populations commençaient à se mettre à l’austérité.

Les agences de notation donc, semblent avoir redécouvert que leur métier était d’évaluer le risque des investissements et des produits financiers. Ces agences, qui avaient noté AAA les fameux « subprimes » pour ensuite les classer en tant qu’investissements pourris la crise venue, ont décidé de faire preuve d’un zèle inhabituel envers leurs sauveurs, à savoir, les États. Et nombreux sont ceux, à en avoir fait les frais. L’Europe en premier, et les pays de la zone €uro en particulier, ont pu mesurer le coût de leurs années d’insouciance. Temporairement épargnés par les éléments maintenant braqués sur l’économie américaine, ces derniers n’en ont pas pour autant fini avec l’austérité. Les agences donc, après des années de complaisance avec ceux qu’elles étaient chargées d’évaluer, ne prennent plus de gants pour menacer les États. Mais cette intransigeance est toute aussi nocive que le laxisme passé.

En administrant des remèdes de plus en plus sévères aux États, le système financier mondial est en train de reporter aux calendes grecques (c’est le cas de le dire) sa guérison (et la leur) et donc le retour à une relative prospérité tout en déclenchant des mouvements d’ensemble considérables. Ainsi, on voit des pays comme la Grèce se vider de leur main d’œuvre qualifiée, les systèmes sociaux attaqués comme jamais alors même que ces derniers servent de « stabilisateurs » aux excès financiers préparant ainsi les conditions d’un retour plus rapide aux temps heureux et, plus inquiétant, et des mouvements sociaux d’ampleur. Bref, vous avez aimez la crise des « subprimes », vous allez adorer la crise de la dette publique.


Un monde à revoir de fond en combles.
Ces crises étaient non seulement prévisibles mais auraient pu et dû être évités. La crise de 1929 avait donné naissance à une règlementation stricte, parfois trop sur certains aspects, mais offrant un cadre normatif efficace à un épanouissement de long terme à l’économie. Son application a toutefois été lourdement remise en cause par les néolibéraux tels que Friedrich von Hayek et plus encore, par les monétaristes et un certain Milton Friedman. Au contexte contraignant, ces derniers déclaraient qu’il fallait déréguler à tout craint et que l’État ne devait se contenter que du minimum voit dans la mesure du possible disparaitre. La propagation de ce mode de pensée qui se traduisit avec l’arrivée au pouvoir concomitante de Tchatcher et Reagan a lancé un mouvement de dérégulation sans précédent. Toutes les barrières et limites érigées suite à la crise de 1929 ont été supprimées dans une joie commune indescriptible. Mieux, les hérauts de ce nouveau mode de pensée sont allés encore plus loin, en remettant en cause les missions traditionnellement dévolues aux États. On a donc vu les budgets sociaux et éducatifs diminuer avec pour conséquence l’explosion du nombre de sans-domicile et de pauvres en général tandis qu’une minorité accumulait l’essentiel de la richesse.

Ayant oublié les maximes les plus élémentaires, les différents défenseurs de ce « nouvel ordre mondial » devraient relire Henry Ford, chef d'entreprises qui avait une sainte horreur de ce tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à un socialiste mais n'en avait pas moins compris l'importance d'une équitable répartition des richesses, qui eu l’outrecuidance de proclamer que « La plus haute finalité de la richesse n'est pas de faire de l'argent, mais de faire que l'argent améliore la vie. »

mardi 14 juin 2011

Conseil national du MoDem. Le temps du renouveau ?

A moins d’un an des élections présidentielles, les différents partis commencent à se préparer pour ce qui est le moment phare de la vie politique française : l’élection du Président de la République. Prochaine étape, le renouvellement des cadres sur le plan local et national. Le MoDem n’y échappe pas et votera pour élire ses représentants à son instance principale qu’est le Conseil national du 14 au 24 juin 2011. Reste à savoir pour qui voter ? Trop souvent, les instances nationales représentant les militants dans les partis sont trop consensuelles, trop soumises aux chefs de parti et ont tendance à valider tout ce qui leur est proposé, oubliant par là même par qui ils ont été élus à savoir les militants.


« Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur. », Winston Chruchill.
Le renouvellement d’une instance est l’occasion pour une partie des sortants de rempiler. La plupart des listes mettent d’ailleurs en avant l’expérience de conseillers nationaux sortants. Au-delà des personnalités, il est intéressant de voir ce qui a été fait durant la mandature qui vient de s’achever.

De manière générale, la fréquentation au Conseil national s’est rapidement étiolée et la communication avec les adhérents qui ont élu une bonne partie des conseillers nationaux ont été tenu à l’écart de cette instance. Dans le même ordre d’idées, bien rares étaient ceux qui faisaient des comptes-rendus, expliquait leurs votes ou même manifestait dans le cadre de cette instance aux projets soumis au Conseil national leur différence et plus rare encore leur refus.

Pire, parmi ces derniers, nombreux sont ceux à avoir été promptement priés de quitter l’enceinte du Conseil national.

Toutefois, il en est resté quelques-uns pour remplir leurs devoirs envers leurs électeurs et avoir le courage de leurs idées. Malheureusement, on les compte plutôt sur les doigts d’une ou deux mains.


Revenir aux fondamentaux.
Ce dernier mène la liste « Les adhérents sont notre force » pour l’élection au Conseil national en Ile de France.

Sollicité par plusieurs listes afin d’apporter mon soutien à leurs démarches respectives, j’ai décidé de soutenir la liste qui me semble la plus à même de défendre les intérêts des adhérents et, surtout, plus important, de tenir ses engagements sur la durée.

La liste « Les adhérents sont notre force » composée de personnalités renouvelées et de quelques personnes d’expérience s’est engagé sur 8 propositions-clefs.

Ainsi, au caporalisme défendu par les uns « nous défendrons le principe majoritaire […] chacun doit s’y conformer » et les autres « Affirmer notre soutien et notre confiance sans faille à notre président et à l’équipe dirigeante du Mouvement Démocrate », ou encore l’affirmation maintes et maintes fois répétées pour l’amélioration des relations avec la base, il y un fossé, que dire, un gouffre avec la réalité.

A cela, Jérôme Charré et son équipe proposent une alternative mettant le militant au cœur des enjeux en améliorant l’accueil par actions très concrètes mais aussi en prenant les décisions nécessaires pour les garder et ainsi constituer une base solide pour le futur. Objectif qui en dépit des efforts de quelques-uns dont nombre de colistiers de la liste menée par Jérôme Charré, fut loin d'avoir été atteint ces dernières années.

Il ne s’agit pas ici de faire la course aux soutiens en cherchant à avoir la plus belle affiche en se prévalant d’une ex-tête de liste aux régionales ayant glorieusement menée vers la débâcle. Non, il s’agit plutôt de revenir aux fondamentaux en représentant avant tout la diversité des adhérents et de mettre en avant leur talent.


Conclusion.
Vous l’aurez compris, dans le cadre de l’élection à l’instance représentants les militants au niveau national, enjeu de moults convoitises et promesses, j’ai décidé de soutenir Jérôme Charré et la liste « Les adhérents sont notre force » pour la simplicité et la transparence mises en avant et non pour une liste « paillettes » où la forme et l’habillage comptent plus que le fond. On a trop reproché au Conseil national d’être une chambre d’enregistrement pour ne pas vouloir changer les choses. L'occasion d'un changement se présente maintenant. Un changement qui passe par un vote pour la liste « Les adhérents sont notre force ».

mercredi 8 juin 2011

Grünen, l'exemple allemand.

Leur sacre en Baden-Wurtemberg leur a définitivement ancré comme un « grand parti » en les amenant à diriger pour la première fois un Land. Et cette fois, ils ne sont pas les supplétifs d'un des deux partis historiques que sont le SPD (social-démocrate, gauche) ou la CDU/CSU (chrétienne-démocrate, droite), mais c'est bien le SPD qui est l'allié minoritaire des Grünen.

Une victoire qui donne raison aux réalistes du parti qui avaient en 1998 engagé le mouvement avec Joshka Fisher et dont s'inspirait la démarche Europe-Écologie lors des élections européennes en 2009.


« Comme en l'an 40 ! ».
Mais la comparaison s'arrête là ! Si l'ouverture au monde associatif et, dans une bonne mesure, au centre avait permis aux écologistes de réaliser des scores conséquents. Depuis, c'est la dégringolade. Les régionales de 2010 furent l'occasion d'une baisse de 16% à 12%. Les cantonales ont emboité le pas et se sont traduites par une nouvelle baisse du score moyen de 4% là aussi. La raison de déclin post-européennes est à chercher dans la manière dont s'est consolidé la dynamique Europe-Écologie suite au succès de 2009.

A l'époque, le succès avait donné des idées à certains et susicté quelques ambitions pour la suite. Ainsi, on se souvient de cet échange entre « Verts historiques » et « membre d'Europe-Écologie » où les seconds envisageaient de présenter l'un des leurs à l'élection présidentielle de 2012. Jean-Vincent Placé, n°2 des Verts et homme d'appareil avait alors rappelé que ceux qui allaient coller les affiches étaient les Verts (sous-entendu « verts historiques ») et qu'il aurait tout de même leur mot à dire puisqu'ayant la puissance militante. La réponse des nouveaux venus ne tarda pas puisque ceux-ci répondirent que si les verts apportaient la puissance militante, c'est bien Europe-Écologie et sa mouvance qui apportent les votes. A bonne entendeur...

Puis, passé l'effet grisant de la victoire, il fallut s'atteler à structurer un mouvement qui ne l'était pas afin de faire perdurer l'effet des élections européennes. Et là, les Verts, rompus aux manœuvres politiciennes reprirent la main. Ainsi, le mouvement passa rapidement aux mains des « Verts historiques » auquel on peut ajouter quelques nouveaux venus ayant compris l'intérêt qu'il y a d'avoir une place au sein du parti. Tout aussi rapidement, et malgré les tentatives de quelques uns, Jean-Vincent Placé, Cécile Duflot et d'autres rappelèrent qu'Europe-Écologie était un parti de gauche, et que c'est avec le Parti socialiste qu'ils comptaient faire alliance.

Évanouie, l'ouverture au centre alors même que les Grünen annonçaient qu'ils ne faisaient plus d'une alliance à gauche, une condition systématique. Traduction : une alliance avec les libéraux ou les conservateurs serait parfaitement envisageable tant que les Grünen y trouveraient leur compte. Une décision qui a eu un impact immédiat sur les intentions de vote les concernant et s'est traduit par leur victoire en Baden-Wurtemberg. Les verts français, eux, ont décidé au contraire de s'enfermer à gauche avec les conséquences négatives sur leur audience électorale. Une situation qui commence à inquiéter.


« J'aimerai des congrès d'Europe-Écologie où on parle plus de politique. », Daniel Cohn-Bendit.
Symptomatique des inquiétudes de voir les Verts retourner à leur audience traditionnelle, est l'entretien que Daniel Cohn-Bendit a accordé au quotidien Le Monde dans son édition du samedi 04 juin 2011 et où il craint que les Verts ne fassent de nouveau 3% en 2012. Une hypothèse qui n'a rien d'irréaliste tant ces derniers ont l'habitude des conflits internes.

Daniel Cohn-Bendit y dénonce l'hyprocrisie qui a régné à La Rochelle au cours d'un rassemblement qui visait simplement à officialiser la victoire de Cécile Duflot qui rempile, fait historique chez les Verts pour un 3e mandat à la tête du parti. De son côté, la liste menée par le trublion allemand n'a rassemblée que 26,5% des voix qu'il faut certes relativiser avec une très forte abstention (plus de 53%). Daniel Cohn-Bendit et les partisans d'une ouverture sont donc minoritaires au sein d'Europe-Écologie-Les Verts. La question est de savoir si cette nouvelle marginalisation des « réalistes » va se traduire par un nouvel échec électoral.

Tous les éléments le laissent penser. En effet, à peine Nicolas Hulot avait-il annoncé sa candidature à la présidentielle que nombre de caciques du parti lui sont tombés dessus de façon à peine voilée. Ainsi, Noël Mamère lui a-t-il demandé d'apporter quelques clarifications à ses positions sur le nucléaire et sur les liens de sa fondation avec des grandes entreprises pas vraiment connues pour leur engagement pour l'environnement. Il ne fut pas le seul mais il est à noter que les partisans d'une candidature d'Éva Joly furent les premiers à dégainer.

Or, les Verts se trouvent face un paradoxe qui est que, systématiquement, ils choisissent comme candidat à la présidentielle, une personnalité dont les français ne veulent pas. C'est toujours vrai pour le choix du candidat de 2012 puisque les militants Verts veulent Éva Joly alors que les français aimeraient plutôt que ce soit Nicolas Hulot. Ce dernier a d'ailleurs commis une erreur de débutant la semaine dernière puisqu'il a déclaré qu'il avait discuté avec Jean-Louis Borloo laissant ainsi penser qu'un élargissement au-delà de la gauche était possible. Borloo n'en demandait pas tant lui qui cherche depuis des semaines à se différencier de Nicolas Sarkozy et de l'UMP. Immédiatement, Hulot a dû se dédire en précisant qu'une telle alliance sera possible si Borloo montrait qu'il adhérait « aux valeurs de la gauche ».


Conclusion.
De manière générale, les Verts laissent leurs vieux réflexes prendre le dessus. Il semble difficile, en l'état actuel des choses de les voir s'ouvrir à une quelconque alliance autre qu'avec le PS quand bien même cette alliance se situerait en opposition à Nicolas Sarkozy. Ainsi, les Verts se condamnent eux-même à ne rester que des supplétifs d'un Parti socialiste pas franchement intéressant qui compte plus sur la faiblesse de la droite que sur une réelle adhésion à son programme pour gagner en 2012. Un réel gâchis alors que les français semblent, eux prêts à leur donner plus de place pour peu qu'ils s'adaptent.

mercredi 11 mai 2011

Wauquiez vise l'assistanat.

A peine lancée par Laurent Wauquiez suscite déjà la polémique. Une polémique voulue par l'intéressé dans un objectif bien prévu. Mais une idée aussitôt désavouée par le Premier ministre en place, François Fillon.


Contexte.
Avant d'aborder le fond, voyons la forme. A savoir, comment a été lancé l'idée de plafonner les aides sociales pour que celles-ci ne dépasse pas le SMIC ?
En effet, en politique, rien n'arrive par hasard. Laurent Wauquiez savait pertinemment l'impact qu'aurait son annonce. Aussi, a-t-il pris soin de la lancer dans le cadre de son association/cercle de réflexion : « Droite sociale » et non dans le cadre d'une de ses interventions ministérielles puisqu'en tant que membre du gouvernement, il est tenu à une certaine réserve et à la solidarité gouvernementale. En passant par ce biais, il tente de se faire remarquer par le président de la République tout en s'ancrant sur une thématique de droite : la dénonciation de l'assistanat.


Opération reconquête.
L'idée de Laurent Wauquiez n'est pas de remettre en cause les bénéficiaires du RSA, encore moins d'accentuer les divisions entre les français, même si, en pratique, c'est ce qu'il obtient aussi. Non, son objectif est tout autre : il cherche à parler à l'oreille des déçus du sarkozysme, de cette « classe ouvrière » qui n'accepte pas que des personnes qui travaillent moins qu'eux gagnent plus qu'eux. Et qui est séduite par le vote Front national, dont un des thèmes favoris est de dénoncer les « profiteurs » du système, ceux qui se contenterait de bénéficier des aides publiques sans pour autant travailler.


Effet boomerang.
Mais à courir derrière les déçus du sarkozysme, Laurent Wauquiez prend le risque d'accroitre la défiance vis-à-vis du gouvernement plus qu'autre chose. François Fillon a d'ailleurs rappelé devant l'Assemblée nationale que le RSA était une des mesures importantes que le gouvernement avait mis en place. Car, le RSA vise à rendre le retour au travail plus attractif que le maintien au chômage en autorisant un cumul partiel des aides publiques dont bénéficient les personnes sans emploi avec un emploi à temps partiel. Or, en ces temps troublés, où la majorité et son chef battent des records d'impopularité, le RSA reste comme une mesure symbole de la politique sociale du gouvernement à qui l'on reproche suffisamment ses mesures en faveur des plus favorisés.


Conclusion.
Au final, il n'est pas dit que l'idée lancée par Laurent Wauquiez porte ses fruits pour la majorité. Au contraire, à vouloir se droitiser, il prend le risque de scier la branche sur laquelle le gouvernement est assis.

jeudi 14 avril 2011

Nicolas Hulot y plonge un pied.

Finalement, il y va. Enfin, il se prépare à y aller. Nicolas Hulot a décidé d’annoncer qu’il serait candidat dans un discours prononcé à Sevran en Seine-Saint-Denis. Secret de Polichinelle, la plongée de l’animateur des émissions Ushuaia dans le grand bain de la politique est à analyser précisément. En effet, plutôt qu'une plongée, on s'aperçoit que l'animateur d'Ushuaia n'y plonge qu'un pied, certes assuré, mais un pied seulement.


Une analyse à chaud.
Arnaud Gossement, ardant partisan de la cause écologiste, s’est hasardé à une analyse à chaud. Si, parmi toutes les réactions de mes homologues blogueurs, j’ai choisi de rebondir sur la sienne, c’est que l’intéressé avait publié début mars un article sur le même Hulot où laissait entendre sans trancher que l’animateur d’Ushuaia n’allait pas se présenter.

Dans son article en réaction à la déclaration de candidature de Nicolas Hulot, Arnaud Gossement nous livre une analyse en deux temps, reflexe de juriste probablement.
1- Nicolas Hulot est une personnalité difficilement cernable et aux multiples facettes.
2- Nicolas Hulot tente de plonger dans le grand bain sans trop se mouiller.
Avant de conclure de façon pessimiste, que de regretter que l’animateur de télévision n’ait pas décidé de faire « pression sur tous les candidats ».

Je ne partage pas forcément la même analyse que mon homologue blogueur, excellent avocat mais moins à l’aise à mon sens sur le plan de l’analyse politique. Aussi, je vais tenter de vous livrer ma propre analyse sur la déclaration de candidature de Nicolas Hulot.


La déclaration.
En politique, rien n’est fait par hasard nous disait Franklin Roosevelt. L’annonce de candidature de Nicolas Hulot n’y a pas échappé. Revue des troupes en détails.


Où ?
Tout d’abord, le lieu : Sevran. Le lieu où l’on se déclare n’est jamais anodin comme le souligne le Figaro. En 1974, Giscard avait choisi Chamalières. Chirac en 1995 avait choisi Lille et la Voix du Nord alors que Balladur se ratait en direct de Matignon. Plus récemment, François Bayrou en 2006 avait fait la sienne dans son village natal avec les Pyrénées en arrière-plan.

Parfois même, le lieu de déclaration constitue un présage de la campagne à venir ou de l’après élection.

Ainsi, Giscard l’avait fait depuis la mairie de Chamalières, bâtiment aux allures de relais de chasse.
Chirac avait choisi la ville natale du général de Gaulle, Lille, ville socialiste certes, mais aussi lieu symbolique des racines gaullistes.
Balladur donc, l’avait fait sous les dorures de l’hôtel de Matignon, de manière un peu hautaine.
François Bayrou l’avait fait sur une modeste place de village, avec les Pyrénées en arrière-plan pour signifier son attachement à la France rurale mais peut-être aussi pour dire qu’il irait vers les sommets.

Nicolas Hulot a lui choisi Sevran, ville d’environ 47 000 habitants, une des communes les plus pauvres de France. Ville dont le maire vert Stéphane Gatignon s’était fait remarqué fin 2010 pour avoir fait prendre adhérer de nombreux tamouls, la veille de la clôture des adhésions permettant de participer au Congrès fondateur fusionnant Europe-Écologie et les Verts.


La scène.
Derrière l'animateur, la scène est vide, l’arrière-plan d’un vert fade, le pupitre gris mâtiné du même vert, l’éclairage très nettement insuffisant. La mise en scène donnerait de l’urticaire à n’importe quel permanent de parti ou metteur en scène. Bien qu’accessoire, le décor tout comme l’homme a son importance.


L’homme, sa posture.
Si la scénographie laisse à désirer, Nicolas Hulot en lui-même semblait mal à l’aise. On le serait à moins. Nicolas Hulot n’est pas un professionnel de la politique et ça se sent. Pire, on dirait qu’il en a oublié les bases que, pourtant, en tant qu’animateur, il se doit de connaître. Durant tout son discours, il a les yeux rivés sur son papier, décochant en de rares moments quelques regards vers le public.

Il prononce son discours sur une tonalité monocorde, peu engageante. On ne sent aucune passion dans sa voix, aucun espoir, rien. De quoi rendre apathiques les personnages principaux des Émotifs anonymes.


Le propos.
Une déclaration de candidature répond à des canons. On distingue schématiquement 3 temps :
1- Le constat de la situation. Souvent, les choses vont mal.
2- Les quelques problèmes que cette situation génère.
3- Une esquisse des solutions expliquant l’utilité de la candidature.

Nicolas Hulot reprend ces fameux canons. Dans sa phase de constat, il ne relève pas seulement que les choses vont mal, mais que la situation est alarmante et retrouve ici, les accents de son documentaire : « Le syndrome du Titanic ». Le problème est que ce même film n’avait pas connu un succès fou. Sortie au mauvais moment, il était désespérément alarmiste et n’offrait aucun signe d’espoir.

Son discours suit la même pente. Il pointe à juste titre les principaux problèmes générés par cette situation, insistant sur la nécessité de changer. Changement qu’il estime devoir s’appliquer à lui-même en candidatant.

Plus intéressant est le cœur de son discours. Le titre de cette partie est d’ailleurs révélateur : « L’heure est maintenant au changement de cap pour refonder de l’espoir ».
Mais d’espoir, je n’ai pas particulièrement vu ni entendu. Quant à changement de cap, il est certes présent mais pour aller vers où, mystère.
Nicolas Hulot entend plonger dans le grand bain et dépasser les clivages partisans mais sans y trop y tremper le pied. Aussi, son discours est parsemé de références à destination de tous les électeurs quelque soit leur tendance politique.

On y trouvera du François Bayrou comme « réhabiliter l’esprit public », « une transformation progressive des activités et des comportements » ; des expressions qui sonneront à l’oreille du sympathisant écologiste telles que « transition vers [une] société nouvelle, écologique ». Mais les électeurs socialistes y trouveront aussi leur compte « déployer la fiscalité plus équitablement », « réussir le changement, c’est réussir la diversité ». N’oublions pas non plus l’électeur de droite, quelque peu déboussolé ces derniers temps : « concourir à l’apaisement de la société en rassemblant ». L’engagement européen aussi, est présent.

En somme, et ainsi que le résumait la marionnette de Chirac aux Guignols en 1995 : « Mon programme, c’est un peu comme un buffet campagnard. Il y a de tout pour tout le monde en grande quantité. ». Un joyeux fourre-tout d’où émerge pourtant un rattachement léger, mais présent au courant écologiste.


Primaires des Verts : ira, ira pas ?
La candidature de Nicolas Hulot était sur toutes les lèvres, le voile est maintenant levé. Mais qu’en est-il de sa participation aux primaires des Verts ?
L’animateur n’y répond pas vraiment tout en laissant quelques indices. Ainsi : « je sollicite le soutien de l’ensemble des écologistes et notamment de mes amis d’Europe-Écologie, mais aussi plus largement… ».

Traduction : Nicolas Hulot est prêt à concourir aux primaires des Verts mais si le parti ne veut pas de lui, il ira quand même ce qui risque très certainement de se produire, les Verts étant très majoritairement favorables à la candidature d’Éva Joly. Cette dernière a d’ailleurs le soutien plein et entier de l’appareil politique qui l’a modelé à sa façon.


Autre difficulté : l’attitude vis-à-vis du centre.
De ces mots, on peut aussi distinguer autre chose : Nicolas Hulot entend se rattacher d’abord aux écologistes mais pas que… Traduction là encore : je veux bien être le candidat des Verts mais je ne veux pas me laisser enfermer dans un positionnement à gauche et je veux pouvoir m’associer au centre si je le souhaite. Ce positionnement est loin d’être sans issue. Les Grünen l’ont récemment montré, l’élargissement vers le centre est la clef pour conquérir le pouvoir.

Mais le hic est là ! Depuis la fusion entre Europe-Écologie et les Verts, les deuxièmes ont méthodiquement et froidement écarté ou converti tous les éléments provenant du monde associatif et de tendance centriste. Chez les Verts, on est à gauche ou on n’est pas !
Ce mot d’ordre a été et est régulièrement rappelé par Cécile Duflot, Jean-Vincent Placé et les autres hiérarques du parti : on ne peut être qu’écologiste et de gauche.

Qu’importe que les élections européennes aient été remportées en mordant largement sur l’électorat centriste et démocrate, et que, depuis, le score des Verts se soient effondré, pas question de changement de positionnement. Qu’importe donc que le score moyen des Verts soit passé de 16% à 4% en moins de 2 ans en s'enfermant à gauche et que dans le même temps, les Grünen soit eux, passés de 10% à 25% en optant pour une stratégie d'ouverture au centre.


Conclusion : « Ensemble, bâtissons l’avenir ».
Mais au final, Nicolas Hulot a-t-il un avenir ? Sans vouloir jouer les devins, de nombreux éléments jouent contre. Le premier d’entre eux est aussi son principal atout : il est novice en politique. L’animateur a ses atouts mais dans la course dans laquelle il vient de se positionner les choses sont un peu plus complexe.

Pour donner une illustration, on peut dire qu’une présidentielle est un marathon que l’on doit courir à la même allure qu’un 100m en ligne. C’est long, intense, très dur physiquement et psychologiquement épuisant. Cela, on ne peut le savoir si l’on n’a jamais fait campagne. Une campagne présidentielle demande aussi une solide préparation et une organisation au millimètre. En somme, tout un tas de choses qu’il n’a pas.

Enfin, et l’on en revient au premier point, une campagne présidentielle est une campagne politique. Or, en politique, il y a une sorte de code tacite à respecter, des règles qui s’imposent. Ne pas les respecter, c’est mourir et sortir du jeu. Et, ainsi que le disait Churchill, la politique est pire que la guerre car l’on y meurt plusieurs fois. Respecter les règles n’assure certes pas de gagner mais permet de survivre le plus longtemps possible et d’éviter le tête-à-queue. Tous doivent s’y plier, les plus grands comme les plus humbles, un peu comme le bushido s’imposait aux samouraïs (il n’est d’ailleurs pas exclu que la lecture de ce dernier soit complètement inutile aux candidats). Et toute écart se pait cher.

J'y reviendrai en détails lors de prochains articles.

samedi 9 avril 2011

Borloo flaire le bon coup.

Hier, dans l’émission « A vous de juger », Jean-Louis Borloo annonçait son départ ainsi que le départ prochain de son mouvement « Le Parti radical » de l’UMP. Cela n’a pas manqué de faire réagir mon camarade blogueur David Guillerm, pour qui Jean-Louis Borloo est une personne versatile dont l’annonce de sortie de l’UMP ne serait qu’une façade.

Si, en effet, on ne peut que s’accorder sur l’appétence de notre Jean-Louis national pour l’indépendance ; on peut, en revanche, en déduire plusieurs autres choses.
1- L’évidence : le départ de Borloo répond à un calcul politique.
2- L’opportunité : quelque soit ce qu’il adviendrait dans les prochains mois, Borloo peut sortir renforcé de la situation.
3- Ce que cela traduit.


L’évidence.
Les différents reportages de l’émission « A vous de juger », les observateurs le pressentaient, Nicolas Sarkozy lui-même le craignait comme l’a montré son attitude lors du lancement des travaux du canal Seine-Nord, Jean-Louis Borloo lui-même laissait planer la menace de son départ. Jeudi 06 Avril 2011, il l’a officialisé, il quitte l’UMP. L’organisation du congrès du Parti radical, qu’il dirige, le mois suivant enterrera cette décision. L’évènement est donc tout sauf une surprise et bien naïfs sont ceux qui pouvaient encore penser que Jean-Louis Borloo resterait à l’UMP.


L’opportunité.
La première pierre de cette nouvelle route avait été posée en Novembre 2010. A l’époque, Nicolas Sarkozy se voyait contraint de maintenir François Fillon, plus populaire que lui. Jean-Louis Borloo qui lorgnait Matignon s’était vu proposer n’importe quel ministère d’importance tant qu’il restait. Jean-Louis Borloo sur de la valeur qu’il représentait pour Nicolas Sarkozy faisait le choix de partir. L’occasion était idéale et, en bon opportuniste, il ne l’a pas manqué.

Deuxième étape, la campagne des cantonales mais surtout, surtout le mini-remaniement opéré place Beauvau. La nomination de Claude Géant, ses dérives droitières, voire frontistes ont fini d’ouvrir la route à un départ de Jean-Louis Borloo, qui estimait que la droitisation du gouvernement n’était pas acceptable.

Dernier acte, donc, l’annonce publique sur le plateau « d’A vous de juger ».



Conséquences.
Quelles conséquences déduire du départ de Jean-Louis Borloo ?

Tout d’abord, et c’est important, les liens financiers demeurent. L’UMP continuera donc de verser sa quote-part au Parti radical. En effet, pas question de se lancer dans une bataille juridique pour l’application d’une convention entre deux partis, ce serait accroître les divisions alors que l’unité (ainsi que l’a encore rappelé François Fillon au lendemain de l’annonce du départ du Parti radical) est de mise. Et puis, Nicolas a besoin de Jean-Louis. Sa parade amoureuse autour de l’ex-ministre de l’environnement lors du lancement des travaux pour le canal Seine-Nord ne laisse pas de place au doute.

Ensuite, Jean-Louis Borloo est une personne versatile comme le montre ses décisions lors des campagnes présidentielles de 2002, mais surtout de 2007 lors desquelles il a plusieurs fois changé de poulain. A ce niveau, on se demande si ce divorce d’avec l’UMP se traduira par une candidature à l’élection présidentielle. Pour l’ancien maire de Valenciennes, il faut que la famille centriste présente un candidat, lui-même d’ailleurs n’exclut pas d’être candidat. A cette fin, Jean-Louis Borloo prévoit de lancer sa confédération des centres sur laquelle, nous reviendrons ultérieurement.

Enfin, on ne peut comprendre l’attitude de Jean-Louis Borloo que si on l’on sait que son intérêt principal est lui-même, pas sa candidature à l’élection présidentielle. Ainsi qu’il l’a rappelé à moults reprises lors de l’émission, son but est de faire. Son expérience valenciennoise, fort réussie de l’aveu même de ses opposants, est un modèle qu’il veut répliquer à la France entière. S’il faut s’allier à droite pour le réaliser, il s’alliera à droite. S’il faut s’allier au centre, il s’alliera au centre. Mais le climat étant orageux à droite et brumeux au centre, il convient de ne pas insulter l’avenir.


Que fait donc Jean-Louis Borloo ?
La réponse peut semble surprenante, mais il attend. Il attend que le paysage s’éclaircisse. Afin de se préserver, il a pris son indépendance, au moins formellement, par rapport à l’UMP. Ainsi, il n’est plus associé aux déclarations de plus en plus démagogiques de Claude Guéant, que Sarkozy doit regretter d’avoir nommé à l’Intérieur. Mais, il ne rejoint pas non plus le seul centriste qui ait eu le courage de rester indépendant, à savoir François Bayrou, pour pouvoir ne pas être impliqué dans une nouvelle déroute électorale potentielle. C’est que du côté des radicaux, on se souvient qu’en 2009 et en 2010, les scores du MoDem n’étaient pas fameux. Si les oranges ont repris des couleurs en 2011, il n’en reste pas moins incertain de miser sur un étalon au potentiel indéniable mais aux performances trop irrégulières pour que l’on puisse miser sereinement la boutique.

N’oublions pas non plus que ce positionnement a aussi l’avantage de permettre le ralliement d’autres personnes comme Rama Yade, voire de faire alliance avec un autre outsider comme Dominique de Villepin. Et ce n’est pas le rappel de paroles de Jean-Louis Borloo dans un obscur journal d’extrême droite en faveur d’une alliance avec le Front national, il y a 20 ans qui changeront la donne. En politique, les paroles s’envolent, mais les faits restent. Et, Jean-Louis Borloo n’a jamais fait alliance avec le Front national. Autre point important, le délai. 20 ans, en politique, c’est long. Rappeler donc des faits anciens sans réelle connexion avec la réalité peut causer beaucoup de soucis à l'auteur de l'attaque. François Bayrou s'en rappelle encore.


Conclusion.
Peut-on résumer le positionnement de Jean-Louis Borloo à ce départ ? Non, clairement non.

Jean-Louis Borloo, vieux renard de la politique, ne prend pas de réel risque. Il ne quitte ni le navire sur un radeau accompagné de clochards comme a pu le dire Jean-Luc Mélenchon qui lui a succédé sur le plateau de France 2, ni ne fait exploser la droite, mais préserve ses chances en même temps qu’il offre à la droite une possibilité de gagner en 2012 en voulant rétablir le schéma ancien RPR-UDF à droite. Car, que l’on ne s’y trompe pas. L’explosion factuelle de l’UMP peut être favorable à une réélection de Nicolas Sarkozy. En offrant une nouvelle diversité de l’offre politique à droite, Jean-Louis Borloo envisage de récupérer des voix qu’il négociera ensuite chèrement contre une place à Matignon au mieux, ou contre une clarification de la situation à droite au pire. On aurait en effet tort de considérer que « l’explosion » de la droite et sa déroute n’ait que des conséquences négatives sur le nouveau rassemblement de Jean-Louis Borloo.